Célébrer l’invisible …

 

Que faire ?  demandaient les juifs au Baptiste sur les bords du Jourdain.

Entre nous, tous ces gens avaient pris le temps d’y aller, sur les bords du Jourdain, Ils avaient, pour un temps, quitté leurs occupations, celles de tous les jours. Tout quitter pour une simple rencontre ? …

Que faire ?  demandaient-ils ? Réponse du Baptiste : - Partager ; avec ceux et celles qui  sont nus et qui ont faim. - Çà, on le sait déjà, pourquoi nous le redire ? – Pour le faire ! …

Que faire encore ? – Pas plus qu’il ne faut. Juste ce qui est bon …

Au moment où nos stations ouvrent, je ne puis m’empêcher de penser aux prix des choses … Vous allez me dire de quoi je me mêle … Mais pour une fois au moins, ne serions-nous pas tous invités à en faire, pas plus, que, ce qui est juste et bon !

Que faire enfin ? … Je ne sais si c’est votre question, en tout cas c’est la mienne, jusqu’à la tourmente. - Que faire comme curé de paroisse ici, aujourd’hui ?… Que faire, comment faire, pourquoi faire ? … - Eh bien, faire entendre l’évangile, faire connaître Jésus Christ, aider à découvrir un projet de vie de la part de Dieu pour chacun et pour tous. Avouez que cette réponse est pour le moins troublante, que çà ressemble fort … à tricoter l’Invisible ?  Tricoter l’invisible ! (dans la tourmente)  … Essayons !

 

Ces jours-ci, je lisais des écrits du P. Xian de Chergé, moine massacré à Tibérine, une théologie de l’Espérance. Une histoire de rencontres. Je lisais aussi dans une revue jésuite un article écrit, par un professeur de philo musulman … ici, en France : Comment sacraliser nos vies. Une belle attente . Son auteur s’appuie sur le Coran. J’ai lu, dans cet article, qu’ hommes et femmes, depuis toujours, nous sommes des « Califes », c’est à dire des successeurs, les héritiers de Dieu depuis Adam ! Mais depuis toujours aussi, Ibliss, le diable refuse cette succession, refuse que la création ait été donnée par le Créateur lui-même aux hommes et femmes que nous sommes. On le comprend l’ange porteur de lumière. Il refuse l’abandon fait par Dieu, il refuse l’humanité du monde et il n’a pas tord si nous y réfléchissons : Oui le Créateur s’est retiré  du monde, pour nous le laisser en héritage !  Son absence favorise l’oubli … de son geste, l’oubli  du don. Elle favorise le refus, la révolte, la prise de pouvoir. Et pourtant, si nous y réfléchissons, qu’a fait le Bon Dieu en nous laissant sa place ? …. Il nous a mis au monde … Il nous a donné naissance …  le plus beau geste de création qui soit … Hommes et femmes, tous ; Tous, filles et fils ; Tous comme son fils qui n’a pas pris sa place, la place de son Père !  Alors ? Une question : - qu’avons-nous fait, de son Ouvrage, de son tricot ? … De son désir de nous mettre au monde, de son désir créateur, de son désir de Vie ?  … - Que faisons-nous pour faire, comme Lui : créer  à son image … sans occuper toute la place ? 

Autrefois, des juifs en attente étaient partis sur les bords du Jourdain … pour une rencontre. Aujourd’hui un musulman nous pose (une) question : que faire pour sacraliser nos vies ?  Et, je suis parmi vous, un curé, daltonien de la Foi, de la Charité, de l’Espérance, un curé daltonien qui essaie d’écarquiller les yeux sur le tricot du Bon Dieu, son invisible ouvrage. Je suis comme l’aveugle de l’évangile à me frotter les yeux pour enlever la boue, mise par Jésus. Ainsi l’homme a-t-il commencé à distinguer les arbres, les couleurs. Voir. Plein de chemins … Je m’explique.

Depuis toujours il y a plein de chemins aux couleurs différentes : musulmans, juifs, chrétiens et tant d’autres, nous ne les voyons pas … Plein de chemins qui mènent à une rencontre. Des chemins arc en ciel !  ouverts, sur la terre, l’homme … sur Dieu. Plein de chemins, pas simplement celui où nous sommes, tracé au cours des âges par notre église.  En vous disant cela, une joie me remplit le cœur… une vraie joie, celle de l’attente ; une joie nue,  affamée !  Une joie découverte dans la nuit, dans la boue. La source de cette joie me demanderez-vous ? 

- Tout n’est pas foutu, fini, ni avec la mort ni même avec le paradis. Il y a, il y aura encore à découvrir, l’aujourd’hui, demain et, l’Au-delà … découvrir : la communion des saints écrit le P. Xian de Chergé. Car, à l’infini, des hommes et des femmes ont été, sont et seront en ce monde comme nous : Califes de Dieu,  Peuple immense. Ils ont marché, marchent,  marcheront par des chemins différents, à l’infini. Tous héritiers de Dieu. Comme nous. Pour nier cela, il n’y a que le Diable ! J’en suis émerveillé. 

                                                                                           Conclusion …

Si nous avons déjà commencé à le faire, en ce temps de Noël par exemple, un temps infini nous sera donné pour … faire connaissance, c'est-à-dire découvrir toutes nos différences ! La différence est la plus belle image de Dieu qui nous ait été donnée après son plus beau geste, celui de nous mettre au monde et de continuer à nous le confier même après un déluge.

Sur les bords de l’ Arc, ne l’oublions pas … le Bon Dieu,  Il est l’Arc, au Ciel de nos vallées, Force incroyable qui rassemble, … force sans force parce qu’Il nous laisse sa place. Il est, découverte d’un visage modelé par tous les visages.  Mélange d’air, de feu et, de terre. Souffle de l’Esprit, Fragile comme un verre de cristal. Né parmi nous … Communion. Seulement voilà, aujourd’hui, il nous faut apprendre que les saints ne sont pas et ne seront pas tous, baptisés ! Une bonne nouvelle … Qu’en faisons-nous ?



Il était le tout petit mais Dieu l’a choisi …*

caravazge berger

 

 

 

 

 


                                                                                                                           

  cantilène de J. Gelineau qui sera minée et chantée par les enfants

François Rey, NDA 2009,

messe du troisième dimanche de l' Avent ... avant l’ouverture des stations.