Ouverture
Elle nous a échappé … D’habitude se sont les enfants qui échappent à leurs
parents. Certains fuguent. Aujourd'hui’hui, c’est l’inverse, Suzanne est partie
dans la nuit de samedi à dimanche, guidée par une étoile intérieure. Depuis la
mort de Robert, il y a à peine deux mois, elle le cherchait. Elle cherchait
dans la nuit un chemin pour le rejoindre. Cette quête était plus forte que
tout ; plus que son amour pour les siens.
Nous sommes en route vers Noël et quelqu’un m’a fait remarquer
qu’aujourd'hui, 8 décembre, c’était l’une des nombreuses fêtes de Marie. Une
fête de la lumière au milieu de la nuit. Suzanne et Robert avaient leurs
repères religieux, bien ancrés. Marie comptait beaucoup pour eux.
Marie une femme dont l’histoire parfois
est à dépoussiérer. Il nous a été
raconté qu’un jour elle a connu, elle a vécu … la fugue de son fils. Pourquoi
nous avoir fait cela, a-t-elle dit ? Elle ne comprenait pas. C’était aussi
la nuit pour elle. Il venait d’avoir douze ans et Il échappait à ses
parents : Mon fils, pourquoi ?
… Il a répondu : qu’Il était habité par un Autre, tellement, qu’il
a les laissé. Son Père était son étoile.
Plus tard, lorsqu’il eut la trentaine, Jésus a quitté la maison. Il est
parti sur les routes : pour guérir, consoler, nourrir, habité qu’il était
par cet Autre. Il voulait faire comme Lui. Il est parti à la recherche de tous
les cassés de la vie. C’était instinctif chez lui et eux cherchaient à le toucher.
Ça n’a pas duré trois ans. Son fils a été arrêté, mis à mort.
Pourquoi ? Marie, comme nous, s’est
dit : - Qu’est-ce que cette mort a à voir avec la promesse de bonheur
entendue à l’heure où l’attente de cet
enfant a pris corps en moi ? Nous
sommes en route vers Noël.
Voici deux petites lumières, deux
comme eux Suzanne et Robert, comme Claire et Eric, comme ses deux petits enfants.
Deux lumières, en ce jour du 8 décembre.
Signe de croix
Lecture :
Ce texte de Paul aux chrétiens de
Thessalonique en Grèce aurait pu être repris par la voix de Robert ou celle de
Suzanne. Ecoutons ce qu’ils nous disent aujourd’hui.
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Evangile selon Matthieu
Si un
homme a cent brebis et que l’une d’entre elles vienne à s’égarer, ne va-t-il
pas laisser les quatre vingt dix neuf autres dans la montagne pour aller à la recherche
de celle qui s’est égarée ? Et s’il parvient à la retrouver, en vérité je
vous le déclare, il en a plus de joie que les quatre vingt dix autres qui ne se
sont pas égarées. Ainsi votre Père qui est aux cieux veut qu’aucun de ces
petits ne se perdent.
Nous sommes à quelques jours de Noël. Pourquoi Jésus est-il né ? Je me le demande
toujours. Ces quelques lignes de Matthieu
nous donne non pas une réponse mais un indice. Et si Jésus était né tout simplement pour chercher ?
Jésus est venu chercher … ceux ou celles qui sont perdus dans la vie, par
la vie. Ceux-là mêmes à qui Dieu fait peur. Il est allé à leur rencontre. Ces images de recherches nous hantent depuis des semaines … quelques jours. Jésus a
connu cette détresse, ce creux à l’estomac qui nous vide de toute certitude. Il
avait la trentaine lorsqu’Il a pris le risque de tout perdre. Il a quitté les
siens pour aller à la recherche, à la rencontre de celles et ceux qui étaient
paumés. Il y a laissé sa réputation, sa vie aussi. Depuis départ de Robert, Suzanne était perdue. Que cherchait-elle ?
Dimanche, au petit matin les siens sont partis à sa recherche. Eux savaient qui
ils cherchaient mais ils ne savaient pas où la trouver ? Etrange comme nos
vies parfois ressemblent aux histoires racontées.
En racontant son histoire Jésus nous détourne d’une image d’un Dieu qui
fait peur. Tu sais, nous dit-il, ce creux qui se noue en ton estomac, je l’ai
connu moi aussi. J‘ai connu la même détresse à l’heure où j’ai cherché Mon
Père, juste avant de mourir. N’aie pas peur,
nous laisse-t-Il entendre cet après midi. Je crois que Jésus est venu
nous apprendre à suivre une déviation … à nous dévier d’un Dieu qui fait
peur : c’est une impasse.
Je dis cela d’une manière familière parce qu’au fond de moi, j’ai ces
images de ce que vous avez vécu et que vous m’avez racontées. J’ai aussi ces images d’autrefois qui ont
surgi … en ce creux, avec ce creux qui est en moi. Elles ont surgi comme une
étoile … C’était aussi un dimanche
matin ; dans la nuit, au petit matin, des femmes sont sorties. Elles sont
parties à cette heure là, ce jour-là. Elles allaient embaumer celui qu’elles aimaient.
Il n’était plus auprès d’elles. Arrivée
à son tombeau elles l’ont trouvé vide !
Où était-il ? Il n’est pas là. Qu’est-il devenu ? Où le
chercher ? La même détresse que la nôtre et leurs cœurs tapaient à n’en
plus pouvoir.
Quelqu’un frappe à la porte de ton
coeur ai-je chanté tous ces jours avec des enfants. La lumière est venu sur le monde. Un chant de Noël. Un chant de
veille. Alors, devant vous, je me demande : ce quelqu’un qui frappe, frappe-t-il
de l’extérieur ou de l’intérieur ?
Il frappe de l’intérieur. Dieu
n’est pas enfermé là où nous l’imaginons, à attendre d’être embaumé. Dieu est
caché. Comme le poussin dans sa
coquille. Il est caché comme l’enfant dans le ventre de sa mère. Il frappe à la
porte de nos coquilles, au ventre de nos cœurs. Il frappe pour une mise au
monde, pour naître encore, aujourd’hui. Suzanne a connu ces coups, douloureusement.
Peut être comme le poussin enfermé dans
sa coquille frappait-elle pour que quelqu’un lui ouvre, la délivre, lui donne
naissance ? Peut-être aussi, tout
simplement, en ces jours proches de Noël, a-t-elle voulu ouvrir toute seule les
portes de son cœur.

Noé envoie
la colombe chercher la terre
sèche
P. S. Jésus
a quitté ce tombeau où nous l’avions déposé et, selon son habitude, il est
parti. Il est parti chercher pour toujours celles et ceux qui sont perdus, qui
se perdent dans la mort. Dieu, nous le pensons égaré quelque part, perdu,
toujours prêt à être embaumé. A quelque jours de Noël, Jésus est venu nous
redire : non Dieu notre Père veut qu’aucun d’entre nous ne se perde.
Sur les bord de l’Arc, en ce 8
décembre, N D
A
F Rey
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