9 - 10 janvier 2010
La prière de Jésus
Luc ne raconte pas le baptême de Jésus. Jésus est venu. Il a été baptisé avec et au milieu des autres. Puis J.B. a été arrêté. Avec cette arrestation quelque chose s’est arrêté, demeure en suspend. Tous ces baptisés par Jean que vont-ils devenir ? Vont-ils demeurer en attente ? … En attente de qui maintenant puisque Jean n’est plus là ? En attente comme les disciples à l’ Ascension ? Jésus en est là.
Il est venu, Il a été baptisé avec et, comme d’autres ... L’arrestation de Jean a creusé en Lui une distance. Il était déjà venu de Nazareth qu’Il avait quitté ; Nazareth où Il a vécu depuis trente ans environ. Il a parcouru cette distance, une première séparation. Une autre est là maintenant. Elle creuse son de-venir . Elle creuse une attente, imprévue, nouvelle, un suspend. Est-Il seul maintenant ?
- Où aller, Que faire ? Tout ce qui vient d’arriver quel sens lui donné ? Quelle direction prendre ? Questions qui nous rejoignent. Jean est en prison … Luc saisit ce moment en suspend. Il saisit comme Jésus saisira plus tard à la veille de sa mort le geste de la veuve dans le temple … Il l’a retenu pour nous comme Marie retenait dans son cœur depuis l’Annonce entendue. Nous pourrions ce soir, (ce matin) nous laisser sur-prendre à notre tour … nous laisser emporter par la prière comme Jésus, nous dit Luc ?
– Il y a depuis notre baptême une distance … dans le temps ; une distance dans le paysage de nos vies. Est-elle fuite, sans fin ? La distance fait partie de la vie en son parcours, elle est … nécessaire. Tout n’est pas joignable, bout à bout ! Alors ? L’inquiétude surgit. Nous avons peur du vide, d’un creux qui se forme en nous, d’un vide qui s’est formé. … par suite d’évènements ? Luc saisit ce moment en suspend. C’est alors que Jésus priait … nous dit-il.
Il ne peut y avoir de prière sans événement, sans un creux formé, qui se forme et qui se renouvelle. La prière prend place, en ce creux. La prière prend pied dans la vie ; elle se loge, elle se love pourrait-on dire, dans ce qui arrive tous les jours ou ce que nous avons décidé aussi, mais qui nous échappe dans son a-venir. Une folie, folie de faire confiance … de croire … Jésus, orphelin de Jean après son baptême d’adulte, en est là, comme nous, sans savoir la suite. Sans savoir la suite à donner. La suite à recevoir. Mais Il est là, dépouillé. Il a pris ses distances avec Nazareth et sa vie jusque là. Il n’y retourne pas.
Alors le ciel s’ouvrit…
Le ciel, cet inconnu est perçu depuis là, depuis … au milieu des hommes et des femmes. Jésus est là au milieu d’eux comme nous le sommes. La prière n’échappe pas à la terre. Elle colle Jésus à la terre. Et, c’est de là que le ciel s’ouvre, comme le ventre d’une femme à l’heure de la naissance. Un visage surgit inconnu jusqu’alors. Un corps. Fruit d’une rencontre. Fruit d’une attente. Incarnation de la distance …Esprit, dit Luc, comme à la Pentecôte. Il surgit de la distance. Il est : Colombe, lancée par une main, partie à la recherche de la terre, colombe qui va et qui revient, colombe qui va et qui ne revient plus, Colombe qui est à suivre dorénavant …sur la terre !
Luc nous donne ce soir, à retenir cela de la prière de Jésus, une prière sans mots de sa part ; une prière comme un appel sans voix ; une prière simplement parce qu’Il est planté, là, sur la terre. Une voix alors, vint du ciel : « tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré » … C’est tout.
Jésus perçoit des mots venus d’ailleurs, entendus, un psaume chanté à Nazareth. Des mots qui ne sont pas les siens mais ceux de David, ceux de son peuple, des mots prononcés par des hommes et des femmes dans l’inconnu de ce qu’ils attendaient. La voix surgit de ces mots qu’Il a retenus. Il les entend. La voix porte les mots comme une femme un enfant. Colombe de l’ Esprit.
Elle traverse l’espace, la distance, le temps d’une attente. Elle ouvre le cœur de Celui qui est là. Elle échappe à toute retenue, seulement perçue, depuis la terre des hommes. ...
... une voix qui est prière de Dieu.
alors le ciel s’ouvrit … dans le choeur de St. Pierre à Rome
François Rey