Ces jours-ci, je me disais :            -   "le petit Jésus n’est pas né sur la paille" …  

 

de Noël nous avons presque tout imaginé : la date, l'époque, le froid dans notre hémisphère, mais le contraire dans l’autre, l’âne, le bœuf … la place de Joseph, celle de Marie souvent à genoux … Toutefois, comme le répondait une maman à une autre, une nuit de noël justement : « - et vous madame ? vous avez accouché à genoux ! ». C’est vrai nous avons besoin de merveilleux. Nous cherchons un merveilleux qui efface le brouillard de tous les jours, un merveilleux qui nous dépasse mais … qui soit à portée de main !

De fait, rien ne dit que le petit Jésus soit né sur la paille … - Alors, le merveilleux ?… Ouvrons les mains à ce qui est à notre portée ; nos  yeux, à l’inconnu de cette nuit … Que la paille ne nous aveugle pas  … !

 

        Rappelons-nous : tout à l’heure, un homme et une femme nous ont fait entendre un texte du prophète Isaïe. Souvenons-nous, de leurs gestes. Nous étions dans la nuit. Qu’ont-ils fait avant de lire ?… Ils ont apporté un gros livre ; ils l’ont ouvert ; ensuite, ils ont déposé le petit … sur l’ouverture du livre, en son milieu … Ils ont posé le petit dans la Bible … dans sa mangeoire, dit Luc … Une Bible/mangeoire, une Bible/berceau-pour un petit … Un merveilleux, à portée de mains, cette nuit !

Un court instant fermons nos yeux empaillés, en nous laissant traverser par des images … comme des étoiles filante.

La Bible … Un berceau. Un berceau grand, comme le monde ! Vieux, comme le monde. On y découvre très vite un peuple-berceau, au milieu de tous les peuples ; un peuple avec, contre les autres. On y trouve une terre promise,  occupée par des étrangers. Une religion, une parmi d’autres … On y rencontre, une attente infinie … comme la nôtre. 

       A se pencher sur ce berceau taillé en forme de pétrin, le monde se découvre, avec ses rides; un monde comme le nôtre à peu de choses près ; un monde amer et bon ... La Bible, comme une étoile, file le berceau d’une humanité cachée en une mangeoire ! L’aurions-nous oubliée? Oubliée dans son berceau ! Abandonnée sur le bord de la route pour aller vers un dernier recensement ! L’aurions-nous perdue, cette humanité aux mille visages, en recherchant notre  identité ?

 L’autre dimanche, avant l’ouverture des stations, nous avons parlé : "du tricot invisible du Bon Dieu" !  Une image merveilleuse …

Cette nuit, un livre nous est ouvert; une écriture arc en ciel, en toutes les langues; à portée de mains. Une écriture faite main. Elle raconte avec des mailles, tricotées, l’une à l’endroit, l’autre à l’envers. Elle grave l’épaisseur, des pleins et des déliés. Elle chante les couleurs, toutes les couleurs, celles d’un corps, nouveau né ... petite maille de l’humanité … Serions-nous devenus sourds, myopes, presbytes, astigmates, daltoniens pour ne pas entendre, voir ce visage aux milles visages ?

Les bergers eux ont su écarquiller leurs yeux sur l’ ouvrage du Bon Dieu. Un petit couché dans une mangeoire … Cette nuit-là ils ont approché  l’invisible. Ils ont goûté au fruit du savoir-faire du Bon Dieu : une œuvre, faite de brins de laine, la chaude laine d’humanité. Ils ont découvert ce qui leur avait été signalé : un homme : tout petit … emmailloté; une jeune accouchée; un jeune homme, Joseph, celui qui a guidés jusque là, la femme et le petit. Tous trois, sont une trinité merveilleuse, à l’image de l’Autre …

Vous pourriez m'arrêter pour me dire à juste titre que nous n’avons pas besoin du Bon Dieu, de l’ Autre,  pour faire un petit, ni pour l’emmailloter !  C’est vrai. Ni même plus tard pour rouler son corps dans un linceul. C’est encore vrai. Mais laissez-moi vous dire, je ne l’ai pas inventé, vous dire simplement, que Dieu est dans notre naître et dans notre mourir, cette nuit et tous les jours et vous ne pourrez m’empêcher de rêver en cette nuit de Noël 2009. De rêver comme un petit berger avec sur les épaules une brebis fragile.

Je rêve ... d’une Eglise aux formes d’un berceau avec de la laine chaude, colorée, sans paille … Je rêve de communautés chrétiennes en forme de mangeoires comme des pétrins. Là se donneraient le pain et l’eau, le vin,  partagés, entre tous les animaux que nous sommes, nous les humains … Ce serait merveilleux … à portée de mains. Ce serair le Bon Dieu aux milles visages d'humanité !
Et, si l’on vous demande :
           - Quelle est l'identité ?  du bon Dieu et celle de l'Humanité  

Répondez :  
                              - La même ... Celle, d’un enfant !

  
                         jo Lv 09        

Noël 2009

N. D. A.  François Rey